top of page
ecritures 10 camus.jpg

Écritures

6

Écriture n° 6 [1994]

(Sept poèmes de Renaud Camus)

 

D'ici étant

​

Que la trace

Ne lui revienne pas en blessure, voilà.

​

Il dit : je parle.

Il dirait : je marche.

J'ai marché. La terre

colle jaunâtre à mes bottes,

ou bien blanche.

​

Il aurait dit : je me tiens à la fenêtre.

Ou même : le front, la vitre.

Ces choses-là sont, elles ont été.

Qu'elles soient ma preuve.

​

Mais eux : qui parle de prouver ?

​

______________________________

D'ici étant, II

​

Quartier de temps sauvé prairie cours

d'eau lave d'oubli de

boue l'atteinte je

veux ne veux

pas sais ne sais

pas rompre

avec ce ciel-là

prisonnier du gazon

​

______________________________

Le verbe être

​

Son absence la nuit

Etait tout son sourire

Le matin.

Son prestige ?

N'avoir pas été là.

​

______________________________

Pour ne rien dire

       à Jean C.

​

Dire a tellement des lettres de rien

Le reste est un arc

Au seuil de la colère

Mieux vaut une lyre.

​

C'est vrai : dans cette ride

Entre se taire et le silence

La petite monnaie du néant.

Passage du rite.

​

Lier l'Italie ?

Laissez-moi rire.

Vous n'irez pas.

Lire n'est pas nier.

​

Tirer la langue,

Rimer à rien :

Que n'y mets-tu

Un peu du tien ?

​

______________________________

(Tricks en quatrain)

Rue de Paradis

​

On s'est quittés rue de Paradis

Il prenait un train pour Nancy

Je serai bien parti aussi

Mais je n'avais pas un radis.

​

______________________________

(Tricks en quatrain)

L'amour à

Bruniquel

​

Entre les chênes, à Bruniquel

Après l'amour nous usâmes

De feuilles pour laisser nos âmes

Et nos ventres nickel.

​

______________________________

D'ici étant, III

       (Larrazet)

​

La beauté tomba sur le pays

pendant l'après-midi d'un jour d'hiver.

Nul ne se souvenait de l'avoir vue plus tôt.

Personne ne crut qu'elle durerait.

Peu la remarquèrent.

​

C'était une beauté qui ne tenait qu'au ciel,

mais le ciel tandis qu'elle régna

dévora tout : les toits,

les gestes, les champs retournés, les fenêtres,

jusqu'aux paroles.

​

Le pays n'était plus que ciel.

Ciel entre les murs, ciel entre les phrases.

Les rues étaient les rues du ciel,

les pierres, une fantaisie de la lumière.

On croyait s'accouder à l'espace,

​

et l'espace était notre coude.

                                          Pourtant,

quand nous sommes repassés par ce pays,

la terre battue s'était vengée.

Elle avait regagné les visages.

Nous étions seuls dans le secret.

​

Camus, R. (1994). Poèmes. Écritures n° 6, 96-100.

​

écriture 7
ecritures 7.jpg

Écriture n° 7 (1995)

Le "journal" de Travers a été tenu quatre saisons durant, du 20 mars 1976 au 19 mars 1977. Il était destiné à constituer une sorte de "réservoir" de situations et surtout de "signifiants", comme on disait alors, pour un cycle romanesque en quatre volumes, Travers, dont deux volumes seulement sont parus à ce jour, et qui fait partie de l'ensemble plus large des Églogues.

Le "journal" de travers, qui occupe trente-cinq grands cahiers manuscrits, n'était pas destiné à la publication, et il n'a fait l'objet d'aucune rédaction à proprement parler. Les toutes premières pages, celles qui suivent ici, ont même été retranscrites sur le premier des cahiers à partir de notes prises pour ainsi dire "sur le motif", et consignées d'abord sur un petit carnet de poche. On s'est efforcé, pour cette publication en revue, de les rendre à peu près intelligibles, en particulier en supprimant les abréviations ; mais on n'a pas essayé de gommer, en en tirant de "vraies" phrases, leur caractère de simples annonciations, croquis, esquisses ou aide-mémoire.

Camus, R. (1995). Journal de Travers (Extraits). Écritures n° 7, 37-49.

10
ecritures 10 camus.jpg

Écritures n° 10 (1998)

Etc.

---

Quant à Marcheschi

Camus, R. (1998). Etc.. Écritures n° 10, 5-29.

Camus, R. (1998). Quant à Marcheschi. Écritures n° 10, 55-56.

© Site Sanctuaire, 2025

bottom of page